J'suis comme un arbre
C'est mon premier automne
Mon tronc se cabre
Et mes parures m'abandonnent.
J'ai eu deux hommes
Là pendus à mes bras
Comme les pommes
D'un piètre pommier maladroit.
J'étais planté
Impuissant et tordu
Ils sont tombés
Et je n'y ai rien pu.
Depuis j'me sens
Noué dans tout mon tronc
Et puis pourtant
Il me pousse encore ces bourgeons
Qui apparaissent
Sous des pluies de questions
Quand l'sol s'affaisse
Quand l'soleil donne sa démission.
Des lendemains naissant
Alors qu'on veut mourir
La vie qui reste
A ses raisons de nous retenir.
On fait le deuil
De ceux qu'on voit partir
Comme tant de feuilles
Qui n'en pouvaient plus de rougir
Rougir de honte
Rougir d'avoir échoué
D'avoir fait d'l'ombre
A ceux qu'on voulait voir briller
Y'a rien d'plus vieux
Qu'la culpabilité
J'crois qu'peu à peu
Elle va tous nous éliminer
Ca mène le monde
Ce sentiment damné
Qui chaque seconde
Incite les gens à regretter.
C'est contagieux
La culpabilité
C'est insidieux
Ca vient, ça veut s'enraciner
Parmi les arbres
Parmi les êtres
Tous les coupables
Qui regrettent !
Comme des arbres dénudés par l'automne, nos troncs se cabrent mais la nature nous pardonne...
Lynda Lemay - Un éternel hiver